Francisco Massiani

23 avril 2019

Non classé

Francisco Massiani qui vient de mourir ce 1er avril, était né le 2 avril 1944 à Caracas. Romancier, mais surtout auteur de contes et peintre, il a d’abord vécu avec ses parents en Floride et à New-York, puis à Santiago du Chili. Avec une langue limpide, transparente, expressive, il fut l’un des témoins de la désespérance des jeunes de sa génération. Il obtint le grand Prix de la Prose en 1998 et il publia son premier livre de poésie en 2006.

Moi, je suis un mec

Qui peut douter que je sois un mec ? Et quand je mets mon super blue jean, que j’enfile le pullover que m’a apporté le cousin du bout du monde et que je fais claquer mes bottes au talon en alu sur Baby, ma mob, ça arrache. Qui peut douter que je sois un mec ? Et même sans la Baby, qui en doute ? Il suffit de regarder le type que je suis, là devant le miroir, là devant toi, animal ! Jette un œil à la taille, à la corpulence, concentre-toi sur les muscles des bras, des jambes, tout est dur, compact. Baby, maudit soit l’Italien, le salopard qui me l’a bousillée. La Baby, la douce, qu’on appelait la flèche d’or. A peine je prenais un virage et ils étaient tous à leurs fenêtres, jaloux d’une jalousie maudite et pourrie, surtout Tobi, le frère. Ce Tobi, quel type ! Avec ses pantalons en cuir de vache, un gars qui ne sait même pas fumer, pauvre friend, toujours à dire : « Cet ami à toi, Tulita, ne me plaît pas. » Figurez-vous que c’est le fiancé de ma sœur. Je me demande parfois, quand je suis seul dans ma chambre, que je fume, que je regarde le plafond, et que je me sens bien parce que demain je vais fatiguer ma Baby, qui va chauffer jusqu’à la plage. Je pense au sable et aux pneus qui fument sur le pavé, grattant la terre, après un saut ; un virage et tu laisses les arbres, les pelouses et les gens ébahis. Tu restes seul avec l’air qui te brûle la gueule, le vent en pleine poire, perforant l’air. Oui, quand je pense, que je fume, que je regarde le plafond, je me demande à quoi sert d’avoir une fiancée et de lui rendre visite, je me demande pourquoi s’emmerder avec une gonzesse dont l’unique question est « Dis donc pourquoi tu ne m’as pas appelée hier ? » Moi, j’en ai rien à foutre de personne, et si je reste à la maison, c’est pour que les vieux expient quelques fautes et notamment la honte de m’avoir fait naître dans cette vie abrutissante de mendiant. A quoi bon vivre ? Je demandais ça l’autre jour à Nico. Et lui de me répondre : « Tu me fatigues avec tes questions. Tu ne vois pas que je réfléchis sur l’érotisme. » Lui, il appelle érotique ces films où apparaît au moins une femme nue, au moins une. Ou juste un sein à l’air. 

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