Haïti

18 février 2019

Non classé

La révolution qui progresse en Haïti est directement liée à celle du Venezuela

 

On lit souvent que le coup d’Etat dont rêvent les Etats-Unis au Venezuela est lié à leur soif de pétrole. Ce n’est qu’en partie vrai. Dans les années 80 je travaillais au Nicaragua et il nous était déjà évident que ce pays essentiellement agricole n’était pas la cible de l’empire pour son sous-sol. Sa matière première principale, c’était sa révolution, portée par un peuple qui avait relevé la tête et rejetait l’ordre du monde. C’est aussi parce qu’Haïti fut la première révolution indépendantiste noire du monde que l’Occident y a nommé Bill Clinton comme “second président” et n’en parle, dans ses “news”, que dans la langue des ONGs « humanitaires ».

Le Venezuela doit être détruit non seulement parce qu’en 20 ans la révolution bolivarienne y a organisé 25 élections reconnues par les observateurs internationaux, mais parce qu’il avance chaque jour dans sa démocratie participative, avec ses milliers de conseils communaux, ses centaines de communes en gestation, exemple dangereux de synthèse créatrice entre de vieilles structures étatiques, une redistribution plus équitable de la rente pétrolière, et une démocratie plus fine, qualitative, où les citoyens inventent sans cesse de nouvelles formes de participation et prennent au jour le jour toute sorte de décisions sur leur destin. C’est pourquoi l’obsession des grands médias a été d’en faire une dictature. La révolution bolivarienne les force depuis vingt ans à occulter 90% de la population vénézuélienne parce qu’elle tente de s’organiser, que ce soit dans les quartiers populaires ou dans les zones rurales.2019021512315811263

Nul hasard si c’est au moment où s’active une offensive d’une ampleur jamais vue contre le Venezuela que le peuple haïtien a décidé de se révolter. Les forces spéciales états-uniennes qui ont débarqué secrètement en Colombie et dans les Caraïbes pour parfaire l’encerclement médiatique de la révolution bolivarienne, réactivent une Histoire commune. Au début du 19ème siècle, l’oligarchie de Bogota et la Sainte Alliance européenne combattaient l’unité des révolutions vénézuélienne et haïtienne. Un des déclencheurs de la première indépendance latino-américaine fut le sauvetage par les Jacobins Noirs d’un Bolivar en déroute, au bord du suicide. Dès qu’il comprit la vision haïtienne de l’indépendance, il vola de victoire en victoire à la tête d’une armée d’ex-esclaves, passant les Andes glaciales à pied pour créer l’Amérique du Sud des Egaux. Il put compter pour cela sur les hommes, les armes, les bateaux, les finances et l’imprimerie offerts par Pétion. C’est de cette dialectique historique que Chavez se fit le pédagogue, portant ses doigts dans ses cheveux crépus pour rappeler au peuple d’où il venait : la rébellion de Jose Leonardo Chirino, dont le corps démembré par les espagnols fut exposé aux quatre vents, pour avoir annoncé avant Bolivar la libération des esclaves. Ce désir d’égalité est toujours vivant à Port-au-Prince, à Caracas. C’est un moteur extraordinaire du point de vue démocratique.

Thierry Deronne, Caracas, le 17 février 2019

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Une réponse à “Haïti”

  1. Caroline Bordczyk Dit :

    Très intéressant et instructif ! Merci !

    Répondre

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