Rodolfo Santana

7 février 2019

Non classé

Toilettes pour dames est une histoire intemporelle sur les différentes facettes de la vie des femmes, en montrant la réalité sans tabous, avec les thèmes qui restent des occasions de polémiques pas seulement au Venezuela : l’avortement, l’homosexualité, le lesbianisme, la drogue et l’infidélité. Cette pièce écrite en 1984 par Rodolfo Santana a été reprise de nombreuses fois en Amérique Latine  et un film est sorti récemment. Voici d’ailleurs une version polonaise de Toilettes pour dames

https://www.youtube.com/watch?v=SQMRJmxNpKU

AURORA: Ma mère était couturière. Elle travaillait dans un atelier de confection. (voyant Shirley) Hé, pourquoi es-tu déshabillée ?  

SHIRLEY: Tu m’as déchirée ma jupe. Tu ne t’en souviens pas..? 

AURORA: (elle essaie de se souvenir) Moi? Tu es folle? Je veux simplement raconter à Cloe Castro le terrible drame de mon existence.. (elle frappe à la porte du WC) Cloe!

VOIX DE CLOE: Je peux pisser tranquille!

AURORA: (s’accrochant à la porte) Mon père est mort en recevant sur la tête une grue et tout son chargement.

VOIX DE CLOE: Merde, c’est génial!… Il faut boire et danser!

Shirley coud sa jupe. Entrent d’autres femmes. Elles entrent dans les WC, se maquillent, se mettent des gouttes pour les yeux, pour le nez, etc…

AURORA: C’est une tante très cruelle qui m’a élevée. Elle me traitait de « catin ». Elle me disait toujours : « catin ». Qu’est-ce que t’en penses?

VOIX DE CLOE: Ferme ta gueule!

AURORA: Au début, je croyais que c’était gentil comme… Un gentil surnom… Et moi, je me pavanais : « je suis une catin, je suis une catin… » jusqu’au jour où j’ai vu dans le dictionnaire que j’étais une pute…

Carmen Antonia s’approche de Shirley et lui prend la jupe.

CARMEN ANTONIA: Laissez faire quelqu’un qui sait coudre.

SHIRLEY: Merci. Moi, je suis nulle.

CARMEN ANTONIA: Et comment vous allez faire quand vous allez vous marier?

SHIRLEY: Comment ça?…

CARMEN ANTONIA: Elle ne me plaît pas cette fille-là… Elle crie sur les toits qu’elle s’est faite avorter… Bien sûr, je n’y crois pas. C’est un crime. Oui, et un sacrilège. Voilà, un crime et un sacrilège… Vous savez cuisiner ?

SHIRLEY: Je déteste la cuisine et tout ce qui concerne le ménage.

CARMEN ANTONIA: Eh bien l’homme, qui va vous épouser, ne va pas être déçu !

SHIRLEY: Il n’y a pas que ça dans la vie.

CARMEN ANTONIA: On voit que vous ne savez pas ce que c’est qu’une maison à entretenir. Il faut coudre, cuisiner, nettoyer…

SHIRLEY: J’ai mon métier et lui aussi. On fera faire. Ou au pire, on le fera à deux…

AURORA: Moi, j’ai étudié dur, tu sais ?… Cloe, tu sais ? J’y suis arrivée avec les ongles ! Institutrice, et maintenant directrice d’école dans une zone difficile…

CARMEN ANTONIA: Voilà votre jupe.

SHIRLEY: (elle cherche dans son sac et donne un peu d’argent à Carmen Antonia) Merci.

CARMEN ANTONIA: Apprenez à cuisiner, ne serait-ce que pour le plaisir…

Shirley remet sa jupe et s’arrange.

AURORA: Tu sais ce que ça veut dire d’être une bonne directrice d’école dans une zone difficile ? C’est un exploit !

SHIRLEY: (A Carmen Antonia, se dirigeant vers la sortie) Au revoir, Madame.

CARMEN ANTONIA: Au revoir, ma fille. Et faites bien attention aux gens qui vous entourent.

Carmen Antonia s’approche d’Aurora qui continue de parler à Cloe à travers la porte des WC.

CARMEN ANTONIA: Mademoiselle, un peu de tenue… (Aurora se tient bien) Vous voulez que je vous apporte un Alka Seltzer?

AURORA: Quatre, s’il vous plaît.

Entre Valeria qui s’approche d’Aurora.

CARMEN ANTONIA: (en sortant) Quatre, ça peut vous faire du mal.

AURORA: Valeria… Où étais-tu passée?

VALERIA: Ca va mieux?

AURORA: (pleurant à moitié et se tenant le ventre) Ca va, ça va… Il y a juste cette chose qui grossit là… Je ne le mettrai pas à l’école. Pourquoi ? Il finirait comme un marginal pédant.

VALERIA: Je ne crois pas.

AURORA: Mais comment ça se passe dans le monde!… Diplôme d’ingénieur… ou robe d’avocat… Pour finir chauffeur de taxi ou garçon de café !

VALERIA: Moi, j’aime enseigner.

AURORA: Tu es complètement déphasée, ma pauvre. Ce n’est plus possible aujourd’hui. Les écoles de maintenant, ce sont des enfers, mon amie. Des enfants déjà accoutumé au crack, te menaçant avec des revolvers, c’est tout ce qu’ils apprennent…

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