Adriano González León

31 juillet 2018

Non classé

Voici le texte d’Adriano González León (1931–2008) écrit pour présenter le catalogue de l’exposition d’un des membres de El Techo de la Ballena, Carlos Contramaestre, Homenaje a la Necrofilia, qui fut présentée à Caracas en 1962. De toutes les manifestations organisées par ce groupe, celle-ci fut sans aucun doute la plus controversée. [véase el artigo “Declara Pedro Centeno Vallenilla: « Defensores del folleto con aberraciones sexuales obedecen al complejo del salvaje que goza comiendo inmundicias… »

Hommage à la nécrophilie

On a toujours parlé de l’amour, même sans parler du romantisme, comme quelque chose qui dépasse l’existence quotidienne. Terrible jeu de dupe ou invention sacro-sainte, mais même les naturalistes les plus têtus ont voulu le placer dans un ailleurs ou un au-delà. Nécessité d’une absolue communion, peur de cette pauvre vie de tous les jours, geste simplement gratuit ? On l’ignore. Il y a seulement une certitude : il n’y a pas un seul couple qui, dans les instants d’effusion, ne se propose de continuer les péripéties amoureuses jusqu’à la mort. L’évidence est telle qu’il y a une conjonction des volontés de la poésie la plus élevée aux boléros populaires. « Je t’aimerai jusqu’à la mort » se dit dans un espèce de bon placement affectif où l’amour, s’il n’acquière pas une nouvelle vibration, continuera à être entouré de fleurs, de parfums, qui rappelleront le premier rendez-vous au café.  

Mais il y a aussi une autre formule : « Nous vieillirons ensemble », se disent les amants dans tous les romans à l’eau de rose du monde. C’est une projection qui a une forme de piège, par l’arrière-goût et la lenteur du chemin qu’il reste à faire jusqu’au désastre physique. Il faudrait savoir si dans l’habitude des Quechuas ou des Égyptiens de laisser de la nourriture dans les tombes, il n’y aurait pas la malicieuse espérance d’un goûter, d’un pique-nique ou d’une kermesse, où l’amour se montrerait toujours en tenue de bal. A l’inverse d’une mort qui dérange par son obscénité métaphysique, d’une pauvre mort chrétienne qui n’offre qu’une ennuyeuse éternité. Les amants au contraire transfigurent ce que nous avons d’humain pour autre chose qu’ils appellent le rien ou être assis à la droite de Dieu le Père. Et ainsi, projetant leur passion ou leur semence, ils sont capables de se revitaliser et de nous rendre proches de l’omniscience et de la poussière de l’infini.

Pourtant, il y a une aventure d’une autre dimension : au lieu d’aller jusqu’à la mort, c’est dans la mort qu’il faut chercher l’amour dans un geste plus définitif, sans détours ni délai. Les nécrophiles prennent l’amour comme un fait dépassé qu’ils assument complètement. Tout ce que dans la vie fut négation, solitude, inhibition, prend une autre dimension à côté du catafalque ou de la tombe. Un nécrophile déclarait d’ailleurs : « Je ne pouvais obtenir la faveur de filles vivantes, c’est pourquoi j’étais obligé de les prendre mortes. » Ainsi il avait compensé, os par os, pâleur après pâleur, tant de refus humiliants dans les parcs et avenues de la ville, où mille femmes désirables étaient pour lui un bien inaccessible. De plus, il s’assurait ainsi la possession totale et distincte d’un corps, puisque le nécrophile inverse le refrain de la chanson et dit : « Nous mourrons jusqu’à l’amour ».

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